Maurice BOUCHOR (1855-1929)

Maurice BOUCHOR est écrivain, poète et auteur dramatique. C’est un militant laïque, socialiste, membre de la Ligue des Droits de l’Homme et dreyfusard. Très impliqué dans le mouvement des Universités populaires, il écrit de nombreuses pièces pour celles-ci.
Il s’engage très rapidement dans la défense de Jules Durand.
 

Le rejet du pourvoi en cassation de JDurand le 22 décembre 1910, provoque la stupéfaction. La mobilisation se porte alors vers la demande en grâce du Président de la République.
Se référant à l’affaire Dreyfus, Maurice BOUCHOR considère que la mobilisation doit s’élargir socialement. Il va s’employer à sensibiliser et à faire s’engager « les bourgeois, les savants, les lettrés », à côté « des travailleurs manuels ».

Le dimanche 25 décembre 1910, le journal L’Humanité publie, à la Une, un poème «  POUR DURAND » où M Bouchor exhorte les intellectuels à défendre la cause de Durand, comme ils l’ont fait pour Dreyfus.

Parallèlement, Maurice Bouchor prend l’initiative d’une pétition au Président de la République pour obtenir la grâce de Durand.

 Alors que la veille au soir, le 31 décembre 1910, le Président de la République commue la peine de mort de Durand en sept ans de réclusion, le 1e janvier 1911, le journal L’Humanité publie en première page, la pétition signée de 28 intellectuels (les trois premières signatures sont celles de Maurice Bouchor, d’Anatole France et d’Octave Mirbeau).

Un article de Paul Renaudel présente la démarche du poète.

 « Notre ami Maurice Bouchor, poète au cœur généreux, a pris l’initiative d’une pétition au Président de la République pour obtenir la grâce de Durand.

Maurice Bouchor a pensé avec raison que les intellectuels, ceux-là qui n’hésitèrent pas à se lancer, il y a douze ans, dans la bataille pour Dreyfus innocent, avaient aujourd’hui encore le devoir de dire leur mot en faveur d’un autre innocent, fils du peuple, celui-là, victime d’une abominable machination, dont la trame commence à être saisie.

Aussitôt des citoyens de cœur, hommes de sciences, d’art ou de lettres, se sont joints à lui et ont signé le texte rédigé par notre ami. Et puisque la grâce accordée par le Président de la République est incomplète, il convient encore de souligner leur acte et d’augmenter leur nombre.

Il faut se féliciter de cette initiative.

Nous sommes heureux de voir qu’à côté des prolétaires, de nouveau, les intellectuels ont accepté de se placer pour le triomphe de la justice et de la vérité. »

Maurice Bouchor réagit à la décision du Président de la République de commutation de la peine de Durand.
Considérant que le président a « statué par une demi-mesure qui, en écartant l’horreur d’un assassinat juridique, ne donne pourtant aucune satisfaction à la justice….. », le poète demande à l’Humanité d’adresser dans le journal sous le titre « POUR LE REVISION DU PROCES DURAND », un appel « à tous les hommes de droiture et de cœur, socialistes ou non, qui veulent témoigner en faveur de Durand ». Il dit vouloir s’adresser « à tous ceux qui exercent d’autres professions que celles d’ouvriers : professeurs, instituteurs, institutrices…… ».
L’Humanité relaie cet appel, dans son édition du 4 janvier 1911 en première page, sous le titre « Un appel pour la justice ».
Le journal s’engage à publier les noms et pétitions, ce qui sera effectivement fait. Du 5 janvier à mi-février 1911, date de la libération de JDurand, une vingtaine de listes de noms sont publiées.

 

Début février 1911, la santé de Jules Durand se dégrade. L’inquiétude est grande et la mobilisation pour sa libération s’amplifie.
Dans l’Humanité du 15 février 1911 en première page, Maurice Bouchor publie un poème où pointent l’angoisse et l’urgence d’agir pour les responsables politiques.
Jules Durand est libéré le même jour, il quitte la prison Bonne-Nouvelle de Rouen, ce mercredi 15 février à 15h.

Christiane Marzelier  Membre Asso Amis JDurand