L'affaire Durand au Havre

en 10 lieux 

PROMENADE LITTERAIRE AU HAVRE / NE MANQUEZ PAS L'ETAPE 18 !


Sur le site promenadelitteraire-lehavre.fr, de même que dans la promenade installée de façon pérenne dans la ville depuis septembre 2014, une étape tourne autour de l'affaire Durand.

Sur le banc 18 (situé rue Bellot), c'est un texte extrait des Quais de la colère de Philippe Huet qui est reproduit. L'extrait est lu par un comédien et évoque la condition des charbonniers.
Sur cet excellent site, proposée par Sonia Anton, vous retrouverez les différentes oeuvres littéraires qui évoquent l'affaire (Salacrou, Scoff, Danoen, Huet).
http://www.promenadelitteraire-lehavre.fr/spip.php?page=etape&id_article=26


 Le Havre au début du XXe siècle

Le port du Havre

 

Le port du Havre, en 1910 : les quais grouillent du tumulte des charrois, les débardeurs vendent leur travail à la criée, les commerçants vendent le poisson, des épices, du tissu, des coquillages ; marins, pêcheurs, fripiers, livreurs,  et douaniers se croisent, les bistrots aux comptoirs de zinc sont utilisés comme bureaux de paye par les employeurs de main-d’œuvre.

 

Sainte-Adresse

 

A quelques encablures du port, Sainte-Adresse. C’est là, ainsi que dans la rue Félix Faure au Havre, qu’habitent dans de vastes demeures tournées vers la mer les descendants des grands armateurs, enrichis par la chasse à la baleine, le commerce du café, cacao, laine et coton, riches négociants héritiers des négociants hollandais, anglais, suisses ou allemands, « ceux de la côte ». Tel le président de la Société havraise de charbonnage

 

 

Quai Colbert, le quai aux charbons

 

 

Embauchés à la journée, 700 à 800 réguliers et les trimardeurs, plus ou moins vagabonds, chargent et déchargent manuellement le charbon dans les soutes des bateaux amarrés quai Colbert, à l’aide de pics, pelles et fourches.

« Du charbon, il y en a partout : en tas sur les quais, à bord des wagons, des barges ou des cargos, en sacs, en vrac, en morceaux, en poussière, en boulets ou en briques, dans les chantiers de la ville, dans les cours des usines. Toute la basse ville vit du charbon. La poussière noire a totalement envahi le quartier du port, noircissant les toits, les façades des entrepôts et des immeubles. »*

C'est là, sur le quai Colbert, que la compagnie générale transatlantique (CGT) qui possède plus de 72 navires sillonnant les mers sur tout le globe, grande consommatrice de charbon pour ses paquebots, installe une batterie de grues électriques à benne-crapaud. Sa nouvelle machine automatique, mue par l’électricité, « la Clarke », accomplit le travail de douze crapauds, remplaçant ainsi 150 ouvriers. En 1910, l’installation d’un aspirateur géant, le Tancarville provoque la colère et la grève des charbonniers qui protestent contre "l'extension du machinisme" et réclament aux armateurs une compensation salariale, le respect de la loi sur le repos hebdomadaire et le paiement des heures supplémentaires

 

 

 51, quai de Saône

 

Au 51 quai de Saône qui longe le bassin fluvial, dans l’une des maisons en briques, quatre personnes vivent à l’étroit au deuxième étage, dans un modeste appartement (salle à manger-cuisine, deux chambres et un débarras) auquel on accède par un escalier en bois: Gustave Louis Durand, son épouse, Marie, et Jules et sa compagne. La femme de Jules est partie, deux ans plus tôt, en 1908, après que son époux a été licencié de la société d’affrètement où il travaillait comme docker. depuis, Jules Durand est journalier d’appoint à la Société commerciale d’affrètement chargée de l’approvisionnement en charbon de diverses compagnies maritimes.

Le 6 septembre 2007, une plaque commémorative a été inaugurée sur la façade de l’immeuble, par Antoine Rufenacht, Maire du Havre.

 

 

 

 

 

 

 

Cercle Franklin


Ce grand bâtiment de brique, cours de la République, était la Bourse du Travail où se tenait l’Université populaire : Jules Durand, alors journalier d’appoint à la Société commerciale d’affrètement, y suivait les cours du soir donnés aux ouvriers. Ces universités populaires avaient été créées par des intellectuels, à l’initiative de Fernand Pelloutier. C'est là aussi que Jules Durand entend les noms de Blanqui, Proudhon, Marx, Vallès, Allemane et Pelloutier, et que se tiendront les réunions des syndicalistes invités à voter la grève des charbonniers.

 

Quai d’Orléans : lieu du meurtre


Toute l'affaire est partie de là : le 9 septembre, soit près de trois semaines après le déclenchement de la grève des charbonniers, en toile de fond d'une forte tension sur les quais, Louis Dongé, non gréviste (dit "jaune", ou "renard"), rencontre des ouvriers charbonniers en grève, leur propose de boire un verre. Leur refus provoque sa colère et, ivre, il sort un revolver. Bagarre générale. Désarmé, roué de coups, laissé sans connaissance, Dongé succombe le lendemain à l’hôpital. Après une enquête sommaire, Jules Durand est arrêté, accusé d'avoir fait voter l'assassinat par les syndicalistes.

 

Maison d'Arrêt du Havre

 

Lieu ou a été emprisonné Jules Durand après son arrestation le 11 septembre 1910. Il y restera deux mois et sera ensuite transféré à la prison Bonne Nouvelle de Rouen. Sur cette photo, on voit des ouvriers attendant devant la porte, rue Lesieur, et venant apporter à manger à leurs camarades emprisonnés suite à des grèves pour "entrave à la liberté du travail" .

 

 

 

 

 

 

 


La gare du Havre : le retour de Jules Durand

 

Au Havre, un meeting a été organisé en urgence pour accueillir le héros havrais, de retour de Rouen où il était incarcéré. La foule est en liesse à la gare, les rues du cours de la République sont bondées. Le rendez-vous est donné à la Maison du Peuple. Jules Durand paraît perdu. Blême, amaigri, il est porté à la tribune, ne parvient qu'à bafouiller quelques remerciements puis se retire, hébété de fatigue, suite à l'incarcération, avec camisole de force et chaînes aux pieds.

 

 

 

L’hôpital et l'asile

 

Libéré le 16 février 1911 après la mobilisation provoquée par sa condamnation à mort, commuée en peine de sept ans d'emprisonnement, Jules Durand revient à son domicile familial.  Mais il multiplie les crises déjà survenues en prison, étrangle les pigeons qu’il élevait, met le feu au plancher de l’appartement, jette des objets par la fenêtre, se sent persécuté… Il est placé en avril 1911 au service des agités de l’hôpital Pinel du Havre puis, devant la gravité de son cas, envoyé à l’asile des Quatre-Mare à Rouen. 

Peu après, il est transféré à Saint-Anne, à Paris, où son cas fait l'objet d'études par d'éminents psychiatres. mais il est renvoyé aux Quatre-Mare où il mourra, parmi les indigents, en 1926, à l'âge de 46 ans.

 

 

La stèle au cimetière Sainte Marie

 

La cérémonie d’inauguration du monument érigé à la mémoire de Durand se déroula le dimanche 3 mai 1931 à 9h30 du matin, au cimetière Sainte-Marie au Havre.

 

Furent invités à assister à cette cérémonie les syndicats, autonomes et confédérés, qui avaient participé à la souscription. Un seul discours fut prononcé par le président du Comité pour la défense de Jules Durand pour éviter de froisser les susceptibilités mais surtout pour éviter tout débordement. Une couronne de fleurs naturelles fut également offerte.

 

 

*Source des textes et citation : Un nommé Durand, d'Alain Scoff (éditions JC Lattès, 1984)/ La machination contre Jules Durand  de Patrice Rannou (CNT éditions)