Les principaux protagonistes

de l’Affaire

 

Stanislas DUCROT, directeur de la Compagnie Générale Transatlantique

Né le 19 juin 1853 à PARIS (Seine) – Décédé, le 7 décembre 1951.

Il entre dans la Marine en 1870 et est promu Lieutenant de vaisseau en 1883.

Le 15 mars 1891, il est détaché en congé sans solde et hors cadre à la Compagnie générale transatlantique.

Au moment de l’affaire Durand, Stanislas Ducrot, agent général, dirige au Havre la Compagnie Générale Transatlantique. Cette société née en 1855 de la fusion d'une entreprise de Granville et de la Banque d'affaire des Frères Pereire, est en 1910 un géant dans le monde du transport maritime. Elle possède 72 navires qui sillonnent les mers sur tout le globe...

Il est à l’origine de la plainte qui visera Durand et les frères Boyer, témoignera à charge au procès de Cour d’Assises et  sera finalement mis en cause au terme de la contre-enquête comme étant l’un des auteurs de la machination. Il ne sera pas poursuivi pour autant.

Comme de nombreux protagonistes de cette affaire, il est Chevalier de la Légion d'Honneur.

Georges VERNIS, juge d'instruction

Georges Vernis, est né le 17/09/1859 à Fraisans (Jura) et est donc agé de 51 ans quand l'afffaire Dongé lui est confiée. Son père était ingénieur de la Compagnie des Hauts Fourneaux-Fonderies et Forges de Franche Comté.

Docteur en droit, il débute comme avocat  à Dijon. 

Magistrat depuis 25 ans, il a été Procureur de la République à Arbois avant d'être rétrogradé comme substitut au Havre le 14/09/1904. Il devient par la suite juge d'instruction à compter du 18/07/1905.

 

Il instruira l'affaire Dongé en moins de deux mois et poursuivra par la suite une belle carrière, finissant comme Président de Chambre à la Cour d'Appel de Besançon en 1927.

 

Sur proposition du Ministre de la Justice, il sera fait chevallier de la Légion d'Honneur le 07/03/1925..., soit quelques mois avant que l'innocent Jules Durand ne décède à l'asile d'aliénés. 

 

Il s'agit à notre connaissance de la seule intervention du Ministère de la Justice, suite à cette erreur judiciaire, depuis 1918 !

 

René COTY, avocat de Jules Durand

Jules Gustave René Coty, dit René Coty  est, né le 20 mars 1882 au Havre et mort le 22 novembre 1962 dans la même ville.

A plusieurs reprises, il est élu député du Havre ou sénateur entre 1923 et 1953. En 1947, il  occupe les fonctions de ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme puis devient ensuite vice-président du Conseil de la République jusqu’en décembre 1953, date à laquelle il est élu à la présidence de la République.

Avocat du Havre, dés 1902, il est spécialiste en droit maritime et commercial et fût par la suite élu bâtonnier à deux reprises. Le 21 mai 1907, il épouse Germaine Corblet, fille d'un armateur havrais. Assez tôt, le jeune René Coty s'engage en politique, en soutenant la campagne du député-maire du Havre, Jules Siegfried, et est élu, en mai 2008, conseiller municipal du Havre, sur la liste « Union du comité républicain du Bloc des Gauches ».

En 1910, sans grande expérience en matière pénale, il défend, à 28 ans, le syndicaliste Jules Durand, condamné à mort sur la base de faux témoignages avant d’être gracié puis innocenté par la Cour de Cassation. Cette tragédie judiciaire marquera sa longue carrière d’avocats et demeurera source d’importants remords. Il assistera aux côtés de Salacrou à la mise en scène de la pièce Boulevard Durand, au Havre, en 1961.

En 1958, la tension politique due à la guerre fait craindre un coup d'État militaire. René Coty fait alors appel au Général de Gaulle, cette nomination ouvrant la voie à l’instauration de la Vème République.

René Coty meurt au Havre le 22 novembre 1962.  Dans ses éloges, le général de Gaulle cite La Bruyère pour caractériser la personnalité du défunt : « La modestie est au mérite ce que les ombres sont aux figures dans un tableau : elle lui donne force et relief ».

M. HENRY, commissaire de police

Le Commissaire Henry est Chef de la Sûreté du Havre au moment où éclate l'affaire Dongé qui deviendra l'affaire Durand. Il s'agit alors d'une police municipale.

Il assistera le juge d'instruction lors des premières auditions de témoins dans les locaux de la Compagnie Générale Transatlantique en septembre 1910 et rédigera plusieurs rapports à décharge pour Durand et les frères Boyer.

Devant la Cour d'Assises, il confirmera qu'il disposait d'informateurs assistant aux réunions syndicales et qu'aucun d'entre eux ne lui avait signalé des propos incitant au meurtre des non grévistes. Ses rapports et témoignages ne seront nullement entendus.

Le 29 décembre 1910, il transmettra au Maire du Havre, Henri Genestal, un rapport secret confirmant ces informations favorables à Durand. Deux jours plus tard, Henri Genestal sera d'ailleurs reçu à l'Elysée aux côtés de René Coty afin de solliciter le grâce de Durand.

Bien plus tard, ce rapport sera évoqué par le député Meunier à l'occasion de débats à la Chambre des Députés. 

Hubert FALAIZE, rédacteur en chef du "Havre Eclair"

 

Au moment de l’affaire Durand, Hubert Falaize est le rédacteur en chef du Havre Eclair. Il s'agit d'un quotidien dont la lancement fut financé principalement par les principaux armateurs et négociants de la place du Havre. Ce journal fut le porte parole régional de anti-dreyfusards quelques années aupravant.

La veille de l'arrestation de Durand et des frères Boyer, il titra son éditorial "Sanglante chasse aux renards". Par la suite, il chauffera l'opinion publique contre les syndicalistes révolutionnaires, cause de tous les troubles. Après le verdict de peine de mort, il écrira dans son édition du 26 novembre 1913 : "On ne peut s'expliquer ce verdict impitoyable que par l'attitude maladroite de Durand à l'audience et aussi par l'ambiance qu'ont créée les excès du syndicalisme révolutionnaire"

Camille GEEROMS, dirigeant syndical du Havre

Né le 9 novembre 1871 à Fâches (Nord), Camille GEEROMS, est ouvrier mouleur. Il devient secrétaire du syndicat des mouleurs du Havre en 1906 ; Il sera fondateur du journal Vérités, organe de l’Union des Syndicats du Havre et de la Région ; Membre du groupe libertaire depuis 1908, il est élu secrétaire de l’Union des Syndicats du Havre et de la Région de novembre 1910 à janvier 1912 ; A ce titre, il prendra la tête de la mobilisation syndicale en faveur de Durand et témoignegra en ce sens devant la Cour d'Assises.

Il est inscrit au carnet B et sera collaborateur de La Bataille Syndicaliste et de la Vie ouvrière de Monatte. Camille GEEROMS est également à l’origine du dispensaire syndical havrais. Il rompit tout contact avec le syndicalisme en 1914. (sources Le Maitron/ Encyclopédie du mouvement ouvrier)

Jean JAURES, rédacteur en chef de l'Humanité, député du Tarn

Le 3 septembre 1859 naissait à Castres (Tarn) un des plus grands tribuns de l'histoire parlementaire : Jean Jaurès. Normalien, professeur agrégé de philosophie, il devint député à vingt-six ans, puis connut une carrière à éclipse avant d'être constamment réélu à partir de 1902.

D'abord républicain modéré, Jean Jaurès évolua vers le socialisme en soutenant la grève des mineurs de Carmaux. Mais ce lecteur de Marx, refusant d'admettre la lutte des classes comme unique moteur de l'Histoire, inscrivit le socialisme démocratique dans la continuité de la Révolution française et de l'idéal républicain. C'est dans cette perspective qu'il s'efforça d'unifier les différentes tendances du mouvement ouvrier français en fondant L'Humanité en 1904 et la SFIO l'année suivante.

D'abord hésitant sur le cas du capitaine Dreyfus, il se lança dans la bataille dès qu'il acquit la certitude qu'une erreur judiciaire avait été commise. Par la suite, il prendra la tête de la campagne pour la révision du procès Durand en dénonçant cette justice de classe, «  affaire Dreyfus de la classe ouvrière ». Il signera dans ce sens plusieurs éditoriaux dans l’Humanité entre novembre 1910 et février 1911.

Humaniste en politique, Jean Jaurès fut un abolitionniste convaincu, dont le discours contre la peine de mort a marqué les esprits, ainsi qu’un ardent pacifiste. Dénonçant le péril d'une guerre européenne, il fut assassiné le 31 juillet 1914.

Paul MEUNIER, avocat, député de l'Aube

Avocat et journaliste, Paul Meunier, né le 18 février 1871 à Saint Parres les vaudes, mort le 17 mai 1922 à Paris après un non-lieu prononcé à la suite d'une incarcération arbitraire de 28 mois.


Député radical-socialiste de l'Aube de 1902 à 1919, conseiller général, maire de sa commune natale. Durant son mandat de 1914 à 1919, il défend, comme parlementaire et comme avocat à la Cour d'Appel, les droits des soldats au combat. Il s'illustre dans ce combat lors de l'affaire du zouave Deschamps devant le conseil de guerre de Tours. Le 14 novembre 1919, il était arrêté et brutalisé au cours de sa dernière campagne électorale à l'issue d'une cabale immonde menée par Léon Daudet et l'Action Française. Campagne relayée dans l'Aube par les journaux d'extrême-droite "L'Avenir de l'Aube" et réactionnaire "La Tribune de l'Aube".
Que lui reprochaient ses adversaires ?
Avoir été pacifiste, avoir lutté contre la justice militaire et pour le droit des soldats blessés, avoir oeuvré contre les profiteurs de guerre.  Avoir défendu des militants syndicaux victimes de machinations patronales comme le charbonnier du Havre Jules Durand.

A l'initiative des Syndicats confédérés du Havre une souscription fut lancée dans le journal "Le Peuple" en avril 1923, reprise par le journal socialiste "L'Aube Nouvelle" pour élever un monument à la mémoire de Paul-Meunier. Ce monument fut inauguré le10 juin 1923 devant 4000 personnes dans le cimetière de Saint Parres les Vaudes. Au dessous de son portrait figure le texte suivant :

"Paul Meunier né à Saint Parres les vaudes le 18 février 1871, mort à Paris le 17 mai 1922.
"Enfermé à la Santé le 5 novembre à la veille des Elections législatives de 1919 pour raison d'Etat.
Libéré après 2 ans et 4 mois de détention après un arrêt de non-lieu, mort des suites de cette détention.
Il dénonça inlassablement au Parlement, dans la Presse, dans les assemblées publiques la juridiction brutale et inhumaine des conseils de guerre.
Réformateur du Code, il défendit en toutes circonstances avec toute l'ardeur de sa foi les travailleurs victimes de l'injustice sociale. Il fut le défenseur généreux et désintéressé des humbles, il encourut la haine des puissants."
Ce monument a été élevé par la reconnaissance publique.

Article de Nicole Aurigny paru dans le mensuel de Nov 2015 de la Fédération Nationale de la Libre pensée.

 

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Article de Nicole Aurigny paru dans le mensuel de Nov 2015 de la Fédération Nationale de la Libre pensée.
Raison 605 Novembre 2015-1.pdf
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